22/06 : 

Après un vol confortable, quoiqu’un peu matinal, nous débarquons à Séoul et découvrons notre (minuscule) chambre d’hôtel dans un quartier très animé non loin de l’hôtel de ville. Nous prenons contact en douceur avec cette nouvelle ville, et d’emblée nous aimons l’atmosphère qui s’en dégage. Le mélange de modernité et de tradition au niveau architectural est très agréable, et nous ne ressentons pas de stress. La ville est propre, les gens traversent au feu vert, il y a de boutiques partout, des restaurants encore plus… Nous essayons de visiter le palais royal de Changdeokung, mais il est fermé. Nous nous rabattons donc sur le quartier d’Insadong, un doux mélange de bobo, de traditionnel et de touristique. Nous visitons moult boutiques vendant souvenirs, gadgets, objets décoratifs en tout genre. Nous nous amusons comme des enfants. Pour le dîner, nous nous orientons vers le marché Gwangjang situé à quelques pas de l’hôtel et craquons pour une assiette de sashimi. Servis avec du chou au piment et à l’huile de sésame, enroulés dans des feuilles d’algues ou d’herbes aromatiques, le poisson cru, le poulpe, les bigorneaux cuits, le saumon sont délicieux. Nos voisins de table, un couple d’une cinquantaine d’année, puis un groupe d’homme d’affaires de soixante ans, amis depuis le lycée, nous abordent sans façon dans un anglais basique, pour discuter de tout et rien, et nous faire découvrir leur gastronomie. Ils veillent à ce que nous mangions le bon poisson avec la bonne herbe, et arrosent généreusement notre repas de Soju, l’alcool de riz local (un cousin du saké). Pour finir, ils nous payent même une assiette de la spécialité (et délicatesse) locale : du poulpe, fraîchement sorti d’un aquarium, occis devant nous et dégusté tout frais, avec la même sauce piment et sésame. Un délice, mais un délice mobile. Les tentacules  coupés s’agitent en effet longuement, et les ventouses collent à l’assiette. Déroutant. Quelques jours plus tard nous découvrirons que ce mets est loin d’être donné, et que nos hôtes d’un soir nous ont fait un beau cadeau. Au moment de se séparer, forcément, impossible aux petits jeunes que nous sommes de régler la note, nous payerons juste notre nourriture.

Pour voir la vidéo du poulpe, c’est par ici

Le lendemain matin, nous visitons le fameux palais de Changdeokung. Il y a cinq palais royaux à Séoul, car la dynastie Joseon s’est maintenue de 1350 (environ) à 1905 (date de l’invasion japonaise). Celui-ci n’est pas le principal, mais de loin le plus charmant. Construit en 1405, il a été rendu populaire sous le 9ème roi de la dynastie Joseon. L’architecture générale des bâtiments est la même dans les trois palais que nous avons visités (Deoksung le 24 et Gyeonbeokung le 25) : les bâtiments rappellent fortement la cité interdite de Pékin, avec tuiles à médaillons, poutres colorées imbriquées sans clous, piliers, toits superposés, plafonds peints, tuiles faîtières ouvragées avec dragons et phénix. Toutefois, il y des spécificités bien coréennes, que sont l’agencement des pièces de vie (couloirs le long des cours, carrés pour les pièces plus nobles) et surtout le chauffage par le sol, ou ondol, qui existe à Pékin mais est plus développé ici. La disposition des bâtiments de ce palais déroge aux règles classiques. Pas de grandes enfilades de cour selon un axe défini par les points cardinaux, le dessin épouse la disposition naturelle du site, qui est appuyé sur une colline abrupte. En résulte un charme certain, accentué par les buildings modernes que l’on aperçoit par-dessus les toits.

Nous visitons le Jardin Secret par une chaleur intense. Il se nomme ainsi car il est resté fermé au public et réservé à l’agrément de la famille royale pendant trois siècles. Bibliothèque, kiosque à musique, bassins, emplacement réservés aux jeux et aux concours de poésie, tout y est pour permettre à ladite famille royale et aux nobles de se reposer tout en se cultivant, qualité qui était indispensable chez les monarques (confucianistes) de la dynastie Joseon.

Une fois sortis de cette visite, nous courons manger un morceau, sautons dans le métro et nous rendons au temple (bouddhiste) zen Myogaska, dans lequel nous passerons la fin de journée et la nuit afin de découvrir de plus près la religion qui imprègne tant la Corée. De nombreux temples accueillent ainsi des visiteurs, et nous sommes surpris du nombre de visiteurs coréens, d’environ notre âge, qui viennent le temps d’une après-midi, voire d’une nuit, échapper au rythme de leur quotidien de travail. Au programme, discours introductif d’une moine bouddhiste sur les valeurs prônées par les moines bouddhistes  et plus généralement les valeurs du bouddhisme zen, qui repose sur l’idée que chacun porte en soi ce qu’il faut pour atteindre l’illumination et devenir un bouddha. La doctrine repose donc sur l’égalité, générosité, détachement des valeurs matérielles, l’idée étant de vivre « ici et maintenant » et d’affronter les difficultés en s’efforçant de changer soi-même pour mieux les vivre. Les moines mènent donc une vie très simple, en essayant de s’affranchir le plus possible des contraintes du corps (les désirs faisant partie des obstacles sur la voie de l’illumination). Les piliers de la pratique des moines sont méditation assise, prosternations, et cérémonies chantées, le tout accompagné d’un ou deux repas végétariens par jour, et 5 heures de sommeil, ainsi que d’un extrême dénuement, puisque les moines vivent des donations des fidèles.

Nous aurons donc l’occasion de nous essayer aux trois exercices. 108 est un nombre sacré du bouddhsime zen (une histoire du nombre de sens multiplié par le nombre d’émotion et le nombre de temps (présent passé futur)), et la prosternation sert (en théorie) à se débarrasser des pensées, désirs, erreurs de la journée. Dans notre cas, pour compter nos prosternations, nous enfilerons une perle à chaque fois, afin de fabriquer un genre de chapelet qui nous sera offert par la suite. L’exercice est répétitif et assez physique, chacun va à son rythme, et c’est assez hypnotisant au final, ce qui est sûrement le but.

Assez étrangement nous sommes tous les 2 sur le même rythme. Puis, après avoir participé à sonner la cloche du monastère (7 fois, au lieu des 36 réglementaires, par égard pour le voisinage), nous assistons à la cérémonie du soir, rencontrons le maître zen du temple qui nous parle de la doctrine zen un petit moment… mais clairement la traduction de notre Sunim (moine) est plus courte que le sermon, et nous perdons un peu le fil. L’idée général est que chaque action a des conséquences et que les bonnes actions ont de bonnes conséquences et qu’être malheureux peut être la conséquence de mauvaises actions et qu’il faut s’efforcer de rectifier cela.

Après le dîner, nous faisons notre premier quart d’heure de méditation pleine conscience. L’idée est d’être assis immobile, en contrôlant sa respiration et en essayant de n’être qu’ici et maintenant, sans laisser divaguer son esprit. Ni s’endormir. Hé bien c’est très difficile. Nous avons eu mal partout, Minh s’est endormi, MC a revécu sa randonnée à cheval… le quart d’heure fut interminable.

Nous nous couchons vers 21h, après que Minh ait sympathisé avec un jeune coréen qui a prévu de se réveiller à 3h du matin pour suivre le match de foot de la Corée contre le Mexique !

Temple Myogaska

Motivé, quand on sait que le réveil est à 4h30, pour sonner les cloches à 5h et assister aux dix premières minutes de la cérémonie avant de rempiler pour deux séances de méditation de 20 minutes, à la lumière de la bougie, précédées d’une séance de relaxation. Étonnamment, et sûrement grâce à la bougie, nous sommes bien plus concentrés, nous respirons mieux, et le temps file. A rééditer car c’est effectivement une façon intéressante de débuter une journée calmement.

S’ensuit un petit-déjeuner, puis la cérémonie du thé, avec rituel complet. Spoiler alert, nous n’avons pas aimé ce thé vert trop amer.

Nous partons vers 10h, et grimpons sur la colline derrière le temple en pensant profiter d’une jolie vue sur Séoul. Au final, nous finissons par disputer deux acharnés matchs de badminton avec un groupe de joueurs d’un certain âge,  enthousiastes et sympathiques. Ils nous ont accueillis à bras ouverts, nous prêtant raquettes et volants, gagnant et perdant avec la même bonne humeur, et nous récompensant d’une glace au haricot rouge et d’un verre d’un alcool non identifié, ainsi que d’un reste de chips. A 10h du matin. Normal. Avec nos bracelets du Laos et le bracelet souvenir du temple autour des bras, nous devons passer pour de fervents bouddhistes (nos bracelets laotiens ne manquent pas de faire jaser, à Bali, en Mongolie et en Corée).

Quel accueil !

La vue d’en haut n’était pas panoramique, mais jolie.

Nous rentrons doucement à pied, à travers un marché vendant uniquement des produits de seconde main, très animé en ce dimanche midi, puis le long du canal paysagé. Nous finissons par un tartare de bœuf dans une échoppe d’un marché (qui se révèle être le même que l’avant-veille au soir), où le patron nous offre un yaourt à boire pour se faire pardonner d’avoir (heureusement !) oublié de nous servir la crêpe que nous avions commandée (que nous n’aurions jamais pu finir).

Une sieste plus tard, nous visitons le plus petit palais de Deoksugung, sous une lumière charmante. Plus récent, il contient même un bâtiment à l’occidentale !

Après le coucher de soleil, nous allons voir la N’Seoul Tower, perchée en haut d’une colline que nous escaladons à grand renfort de sueur. Le parvis est très animé, c’est un rendez-vous d’amoureux. La vue d’en haut est à couper le souffle, et nous tuons la (très longue) attente avec un seau de popcorn (il n’y a pas d’autre mot, ce truc était énorme !). Nous rentrons tard, fatigués et faute de trouver un endroit typique ouvert pour manger, nous rabattons sur un célèbre temple de la malbouffe connu mondialement pour son enseigne en forme de double arche dorée. Pas glorieux…

Seoul by night

Le lendemain, lundi 25 juin, nous visitons le principal palais royal (pour sa superficie), le palais Gyeongbokgung. Nous arrivons le matin juste à temps pour une reconstitution de la relève de la garde, puis suivons une visite guidée intéressante, qui nous permet de mieux comprendre les attributs du pouvoir royal coréen (notamment le dragon à 7 griffes, le soleil, la lune et les cinq montagnes), et le mode de vie de la cour à l’époque.

Joli contraste de tradition au milieu des buildings

Nous grignotons quelques spécialités au marché (le même) : des gimbap, rouleaux de riz ressemblant à des makis au légumes ; des raviolis ; et une galette au haricot frit. Nourrissant et bon marché. Ressourcés, nous nous lançons dans l’ambitieux programme de notre après-midi. Tout d’abord, visiter le quartier de hanok. Il s’agit de maisons coréennes traditionnelles, sans étages. Elles sont organisées autour d’une cour, avec un grand portail donnant sur la rue. Tous les bâtiments donnent sur la cour et sont bordés de bancs, pour accueillir les visiteurs et discuter avec eux sans qu’ils aient à se déchausser. Après les dramatiques incendies du 17-18 ème siècle, la loi imposa (et impose) au coréens d’avoir toujours à portée un moyen de lutte anti-incendie. Toutes les maisons anciennes ont donc un bac, bassin ou autre réservoir, proche, et plein. Dans un registre plus moderne, il y a vraiment des extincteurs partout. On sent que la peur du feu est encore bien là, même si l’habitat n’est plus en bois. Au final, nous flânons longtemps dans ce quartier fort charmant. Quelques panneaux un peu agressifs montrent que tous les habitants du quartier ne voient pas les touristes d’un bon œil, aussi nous nous faisons si possible discrets… mais c’est vrai qu’il y a une horde de touristes dans certaines rues.

Nous rallions ensuite le quartier de Gangnam, avec ses buildings modernes, mais il est trop tard pour la boutique d’articles d’arts martiaux et la visite du kukkiwon que visaient MC. Un peu déçus, nous allons admirer le spectacle aquatique et musical du Bampoo bridge, l’occasion de faire de jolies photos.

Nous rentrons dans notre quartier un peu plus tôt que la veille, et nous trouvons un restaurant, déterminés à ne pas finir au fastfood. Nous nous régalons d’un ragoût d’échine de porc, servi sur son réchaud, avec piment, choux et condiments. Copieux.  A un moment, le garçon nous apporte un plat que nous n’avions pas commandé, de la poitrine de porc au kimchi, manifestement. Après une pause google trad, nous comprenons enfin : c’est un cadeau de la maison car c’est leur spécialité. Décidément, nous ne nous habituons pas à la gentillesse des coréens !

26/06 :

Direction la DMZ pour apercevoir le pays de l’ami Kim, enfin, plutôt essayer d’apercevoir puisque la météo n’est malheureusement pas avec nous, il pleut des trombes ! Le tour commence par la visite de Peace Park, situé à une poignée de kilomètres de la Corée du Nord. Ce dernier a été construit dans l’espoir de l’unification des 2 Corées. L’atmosphère est quelque peu étrange entre la curiosité touristique et le recueillement des Coréens devant les différents monuments : un autel bouddhiste construit pour permettre aux familles séparées d’avoir un autel où faire des offrandes à leurs ancêtres au moment du nouvel an, et le pont de la liberté, déplacé, qui est celui que les prisonniers de guerre sud-coréens libérés au moment de l’armistice ont traversé. Il se trouve également une vieille locomotive bombardée, destinée à témoigner de la violence de la lutte fratricide au moment du conflit armé. Nous nous rendons ensuite sur le site d’un observatoire d’où l’on peut observer la limite sud de la DMZ, située à 700m. La visibilité étant d’une vingtaine de mètres, nous croyons notre guide sur parole. Nous visitons ensuite l’un des tunnels d’infiltration découverts dans les années 70 après la défection d’un ingénieur nord-coréen. Le gouvernement du nord a toujours nié leur but. Toujours est il que plusieurs centaines de mètres de tunnels se glissent sous la DMZ, et qu’ils ont clairement été creusés du nord vers le sud !

Puis nous visitons l’immense, flambant neuve et déserte Dorosan Station, construite sur la ligne de train transfrontalière (qui existe) et inaugurée en … à l’occasion d’un réchauffement diplomatique entre les deux Corées… Pour être fermée en … lors d’un nouveau refroidissement. Impressionnant.

Pont de Liberté

En route pour Pyongyang !

Après une étape non désirée dans une boutique de Ginseng coréen, nous achetons des parapluies à Gangnam… et surtout une ceinture de taekwondo pour MC qu’elle pourra faire broder à son nom à son retour. Toujours pas de visite du Kukkiwon, qui a fermé 8 minutes avant notre arrivée !

Le soir, c’est soir de match, alors nous choisissons un quartier qui bouge : Hongsdae, repaire des étudiants. Après un barbecue coréen avec de la viande délicieuse, nous nous rendons dans un bar diffusant les matches. En compagnie de quelques autres français, nous nous ennuyons ferme devant ce premier match nul 0-0 (à tous les sens du terme) de la coupe du monde. Ni la France ni le Danemark n’ont particulièrement réjoui nos âmes de spectateurs.

27/06 :

Ce matin, MC a rendez-vous dans le parc Namsan pour une petite séance de taekwondo ! Au programme du cassage de planche… offert par la mairie de Séoul.

Après l’effort, le réconfort ! Pour déjeuner, sur un heureux hasard, nous nous retrouvons dans un restaurant qui sert des bibimbaps. La salle est complètement déserte (il est 14h en même temps), et nous avons droit à la démonstration du chef (accessoirement aussi serveur) pour manger correctement ce plat (pour les incultes, c’est du riz, des légumes, de l’œuf, des algues, dans un bol en terre cuite chauffé sur le feu ! Un régal ! Bon, par contre, la rediffusion du match de la veille était peut-être superflue…

Direction ensuite le musée national de Corée, un des plus grands musées du monde ! Rien que ça ! Comme il est effectivement immense, nous nous concentrons sur la partie archéologique, avec l’impressionnante collection d’objets paléolithiques ainsi que sur la galerie historique avec l’histoire des différents royaumes sur la péninsule coréenne jusqu’à l’unification.

Gros musée !

Petit clin d’œil à notre arrivée, l’exposition temporaire est consacrée à l’empire mongol ! Une yourte trône même fièrement devant le musée.

Pour le dîner, nous nous rendons une nouvelle fois au marché, car nous avions repéré des fondues de poisson lors de nos (nombreux) passages. Nous nous régalons et le patron est très sympa, nous prévenant avant de nous laisser nous asseoir que c’est pimenté, et nous montrant le contenu de la fondue avec encore l’air de nous prévenir. C’est très bon, nous mangeons de bon appétit. Nous pensions après avoir mangé le plat qu’il s’agissait d’abats de poisson mais en réalité, après enquête, nous avons mangé…du sperme de poisson, du « shirako » ou aussi appelé « laitence » en français ! Nous aurions eu beaucoup plus de mal à finir notre plat si nous le savions !

A 23h, c’est à nouveau l’heure du match ! La Corée du Sud a encore une chance de se qualifier en 8ème de finale si elle bat l’Allemagne et si le Mexique gagne contre la Suède ! Nous trouvons un mètre carré de libre sur la place Gwanghwamun ! On se croirait au pied de la Tour Eiffel un 14 Juillet ! La place est bondée, et les Coréens vibrent à chaque arrêt de leur gardien et à chaque contre-attaque ! Nous vibrons avec eux, supportant de tout cœur les méritant joueurs coréens au détriment de la Mannschaft, qui perd de deux buts spectaculaires dans les arrêts de jeux. Malgré le fait que la victoire de la Suède les prive de phase finale, les supporters coréens sont aux anges, ils peuvent quitter le tournoi la tête haute en éliminant le champion du monde en titre. A moitié aphones, cette soirée conclut notre belle découverte de la capitale coréenne !

Direction Busan le lendemain !

Catégories : Récit du voyage

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